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Biais cognitifs en entreprise : au-delà des apparences

Façons de travailler

Dans un monde où la complexité et l'incertitude sont devenues la norme, nos cerveaux sont constamment sollicités pour interpréter, analyser et agir. Pourtant, derrière chaque choix se cachent des biais cognitifs qui peuvent nous induire en erreur sans que nous en soyons conscients. Décortiquons ensemble ces mécanismes pour mieux déjouer les pièges de notre pensée.

Comprendre les biais cognitifs : ces filtres qui colorent notre réalité

Les biais cognitifs : qu'est-ce que c'est ?

Nous aimons penser que nous sommes rationnels et logiques. Pourtant, notre cerveau est conçu pour traiter l'information de manière rapide et efficace, quitte à simplifier la réalité. Ces raccourcis mentaux, appelés biais cognitifs, nous permettent de prendre des décisions rapides, mais peuvent altérer notre jugement. Si ces mécanismes sont utiles au quotidien, ils peuvent aussi nous induire en erreur, notamment dans un contexte professionnel où les décisions demandent réflexion et stratégie.

Pourquoi les biais sont-ils présents en entreprise ? 

Les biais ne sont pas des erreurs volontaires, mais des automatismes inconscients, universels à tous les niveaux de l'entreprise. Plusieurs facteurs expliquent leur présence : 

  • La surcharge d'informations : Nous sommes constamment submergés de données, et notre cerveau filtre et simplifie pour ne retenir que l'essentiel… au risque de biaiser notre perception.
  • La pression du temps : Dans un environnement où l'on doit décider vite, nous avons tendance à nous fier à notre intuition et à des jugements rapides plutôt qu'à une analyse approfondie.
  • Les dynamiques sociales : La hiérarchie, la culture d'entreprise et le besoin d'appartenance renforcent certains biais.
  • Les émotions : Le stress, l'enthousiasme, la peur... influencent nos choix, parfois de manière irrationnelle.

Ces biais sont inhérents à notre fonctionnement. Mais en prenant conscience de leur existence, nous pouvons apprendre à les identifier et à travailler avec. 

Des biais cognitifs en action : des scénarios du quotidien

Les biais cognitifs influencent de nombreux aspects de notre quotidien professionnel. Voici ici quelques exemples concrets vécus en entreprise.

Le biais d’optimisme en gestion de projet
Un chef de projet, porté par l'enthousiasme, planifie un lancement en trois mois, persuadé que tout se déroulera sans accroc. Mais la réalité rattrape vite : problèmes techniques, validations retardées, imprévus en cascade... Le projet dérape. C'est le biais d'optimisme qui nous pousse à sous-estimer les obstacles ou à surestimer nos capacités.

Le biais de confirmation en comité stratégique
Un Directeur propose une nouvelle stratégie. Au lieu de la questionner, l'équipe cherche les arguments qui la valident, ignorant les signaux qui pourraient indiquer que cette décision est risquée. Au travers de ce biais nous privilégions les informations qui valident nos croyances et à minimiser celles qui les contredisent.

L’effet de halo dans le management d’équipe 
Julien est un collaborateur reconnu pour son charisme. Son manager va spontanément penser à lui pour travailler sur le nouveau projet alors que d'autres membres de son équipe sont plus compétents que lui. Sous l’effet de Halo nous avons tendance à juger positivement une personne sur la base d'une seule caractéristique positive. 

Le biais de projection en conception produit 
L’équipe développe un produit avec des fonctionnalités qui lui plaise beaucoup, persuadée qu’elles séduiront ses utilisateurs. C’est le biais de projection ou effet de faux semblant qui amènent la tendance à attribuer à autrui ses propres croyances, préférences ou comportements. 

Comment apprivoiser nos biais ?

Les biais cognitifs font partie de notre fonctionnement naturel. L'objectif n'est pas de les éliminer mais d'apprendre à les reconnaître et à réduire leur impact négatif. Voici quelques pistes pour y parvenir.

Encourager la diversité des points de vue
Les biais sont amplifiés lorsque tout le monde pense de la même manière. Diversifier les profils au sein des équipes (expériences, compétences, cultures) permet de limiter ces effets et d'apporter des perspectives différentes.

Mettre en place des garde-fous décisionnels
Les biais aiment les décisions impulsives. Les garde-fous, ce sont nos filets de sécurité pour une réflexion structurée. Utiliser des outils pour croiser les regards sur un sujet, évaluer les options de manière plus objectives, tester les hypothèses permet de structurer la prise de décision et d'éviter les jugements biaisés.

Instaurer une culture du feedback : oser la remise en question
Valorisez les feedbacks, même critiques, comme des opportunités d'apprentissage.  Encourager les espaces de parole et les débats constructifs permettra à chacun de partager ses doutes ou avis contradictoires sans peur de jugement.

Ralentir le tempo : prendre le temps de la réflexion
Les biais aiment les décisions prises dans l'urgence. La pause, c'est notre alliée pour une réflexion posée. Lorsque c'est possible, il peut être utile de différer une décision pour éviter de réagir sous l'effet d'un biais immédiat. Prendre le temps de réfléchir et de confronter les avis améliore la qualité des choix.

Sensibiliser les équipes aux biais cognitifs
Plus les collaborateurs sont conscients de ces biais, plus ils sont à même de les identifier et de limiter leur impact. Des formations et des ateliers de sensibilisation peuvent être mis en place pour intégrer cette dimension dans le quotidien professionnel. 

Si vous souhaitez passer à la pratique de manière ludique, j’ai récemment découvert Chasseur de biais, un jeu de 32 cartes conçu par Positive Leadership. Je le recommande à toute personne ou équipe souhaitant mieux comprendre et repérer ces mécanismes au quotidien. Grâce à des règles simples et des exercices individuels ou collectifs, il aide à identifier ses biais cognitifs dans le monde professionnel et à prendre des décisions plus éclairées.
Une belle façon d’entraîner son esprit critique… tout en s’amusant !

Article rédigé par

Charlotte May-Carle

Co-pilote du changement